Économiste, Statisticienne, MBA en cours et haute fonctionnaire de l'État du Sénégal, Bintou Dia est Cheffe de la Division de l'Intégration et de la Coopération industrielles à la Direction du Redéploiement Industriel (DRI), au ministère de l'Industrie et du Commerce. Depuis plus de dix ans, elle œuvre pour la compétitivité industrielle, l'intégration économique régionale et la transformation productive du Sénégal et de l'Afrique de l'Ouest.
Une vocation née de la transmission
Son parcours a commencé par l'enseignement. « Transmettre des connaissances et accompagner les jeunes dans leur apprentissage m'a permis de comprendre que le développement d'un pays commence par l'éducation, la formation et la valorisation du potentiel humain », confie-t-elle. Cette expérience a nourri son intérêt pour les politiques économiques créatrices d'emplois et d'entrepreneuriat.
Au ministère, elle a travaillé sur les statistiques industrielles, les régimes préférentiels de la CEDEAO et de l'UEMOA, et les négociations de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Un constat s'est imposé : « L'Afrique dispose d'immenses ressources, mais elle exporte encore trop souvent des matières premières avant d'importer des produits transformés. » Elle a alors choisi de consacrer sa carrière à la transformation locale et au développement des chaînes de valeur.
Les défis des PME face à la ZLECAf
Avec un marché continental de 1,3 milliard de consommateurs, le principal défi pour une PME sénégalaise qui exporte pour la première fois est de transformer une opportunité théorique en capacité réelle. « L'ouverture des frontières ne suffit pas : l'entreprise doit pouvoir proposer, de manière régulière, un produit compétitif répondant aux normes et aux attentes du marché ciblé. »
Elle identifie plusieurs obstacles cumulés : accès à l'information commerciale, certification, emballage, financement, logistique, formalités douanières et recherche de partenaires fiables. « La ZLECAf représente une occasion historique, mais seules les entreprises suffisamment préparées pourront en tirer pleinement profit », insiste-t-elle.
Souveraineté économique et coopération régionale
Sur la souveraineté en intrants agricoles, Bintou Dia constate des progrès, notamment dans la production d'engrais à partir des phosphates sénégalais, mais une autosuffisance complète reste à construire. « La souveraineté ne signifie pas nécessairement tout produire seul ; elle signifie surtout réduire les vulnérabilités et maîtriser les approvisionnements stratégiques. »
Son engagement pour la coopération industrielle sous-régionale la conduit à proposer des zones mixtes de production transfrontalières, mutualisant infrastructures, investissements et technologies. « Nous devons passer d'une logique de concurrence entre les pays africains à une dynamique de coproduction et de partage de la valeur. »
Un message aux jeunes entrepreneurs
« Ne considérez pas l'ouverture des frontières uniquement comme une menace ; voyez-la comme un espace d'opportunités, mais préparez-vous sérieusement à l'exploiter. » Elle leur conseille d'appliquer le principe du kaizen : améliorer chaque jour le produit, l'organisation et la relation client. « L'Afrique de demain sera construite par des milliers de jeunes entrepreneurs capables de transformer nos ressources, de créer des emplois et de proposer des solutions adaptées à nos réalités. »