Dix sports. Quatre sites de compétition. À Diamniadio, Célia Cissé, Cluster Sport Manager, coordonne les dix sports accueillis lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026. À quelques semaines de l’ouverture des Jeux, ce qui l’occupe ne se limite pas au bon déroulement des épreuves. C’est une question plus large : que restera-t-il de ces Jeux lorsque les projecteurs se seront éteints ?

Cette question résume sa manière de voir le sport. Derrière chaque performance se cache un écosystème fait de talents, de compétences, d’opportunités économiques, d’innovation et de transmission. C’est dans cet espace, au-delà des terrains, que se positionne celle qui se définit comme une Sports Ecosystem Builder.

« Un événement doit laisser plus qu’un souvenir. Il doit laisser des compétences, des connexions et des possibilités. »

Une architecte des connexions sportives

Fondatrice de Tandem Agency, agence de communication et d’événementiel, et de JÄB, la branche qu’elle dédie au marketing et à l’événementiel sportifs, Célia Cissé fait du sport un levier de connexion, d’impact et d’opportunités.

Son travail consiste à créer des passerelles entre des acteurs qui ne se rencontrent pas toujours naturellement : talents, fédérations, institutions, entreprises, investisseurs, médias et communautés.

Son parcours entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie lui a appris à regarder le sport à travers plusieurs prismes : celui du terrain, des institutions, du business et des communautés. Cette diversité d’expériences nourrit aujourd’hui sa capacité à comprendre des environnements différents, à connecter des acteurs et à transformer des idées en projets durables.

Son rôle consiste moins à se placer au centre de chaque projet qu’à créer les conditions pour que chacun puisse avancer ensemble.

Pour elle, le sport représente bien plus qu’une activité physique. C’est une industrie capable de créer des emplois, de développer des compétences, d’encourager l’entrepreneuriat et d’accélérer l’inclusion sociale. C’est aussi un langage commun capable de faire dialoguer des acteurs qui, sans lui, ne se rencontreraient pas nécessairement.

Dakar 2026 : un laboratoire de l’économie sportive africaine

Coordonner dix sports répartis sur quatre sites de compétition est un défi opérationnel. C’est aussi, pour Célia Cissé, un terrain d’expérimentation grandeur nature : la preuve qu’un grand événement peut devenir un outil de développement du capital humain local.

Les premiers résultats sont là. Plus de 300 jeunes issus du Sénégal et d’autres pays africains ont déjà bénéficié de programmes de formation, la majorité des Sports Managers engagés dans l’organisation sont sénégalais, et des centaines de volontaires spécifiques et officiels techniques ont connu un renforcement de compétences.

Selon elle, le véritable héritage des Jeux ne se mesurera pas seulement aux infrastructures construites, mais aux compétences développées, aux carrières créées et aux réseaux constitués.

« La question n’est pas seulement : est-ce que nous allons réussir ces Jeux ? C’est aussi : qu’allons-nous laisser derrière nous une fois qu’ils seront terminés ? »

Dakar 2026 : un laboratoire de l’économie sportive africaine

Coordonner dix sports répartis sur quatre sites de compétition est un défi opérationnel. C’est aussi, pour Célia Cissé, un terrain d’expérimentation grandeur nature : la preuve qu’un grand événement peut devenir un outil de développement du capital humain local.

Les premiers résultats sont là. Plus de 300 jeunes issus du Sénégal et d’autres pays africains ont déjà bénéficié de programmes de formation, la majorité des Sports Managers engagés dans l’organisation sont sénégalais, et des centaines de volontaires spécifiques et officiels techniques ont connu un renforcement de compétences.

Selon elle, le véritable héritage des Jeux ne se mesurera pas seulement aux infrastructures construites, mais aux compétences développées, aux carrières créées et aux réseaux constitués.

« La question n’est pas seulement : est-ce que nous allons réussir ces Jeux ? C’est aussi : qu’allons-nous laisser derrière nous une fois qu’ils seront terminés ? »

Construire des écosystèmes, pas seulement des événements

Un grand événement, aussi prestigieux soit-il, ne suffit pas à bâtir une industrie sportive durable. Pour y parvenir, Célia Cissé s’appuie sur trois piliers :

•la formation des talents et des professionnels du sport ;

•la valorisation durable des infrastructures et des équipements ;

•la création de connexions stratégiques entre les acteurs de l’écosystème.

Sa conviction tient en une idée simple : les projets les plus solides naissent lorsque les bonnes personnes, les bonnes ressources et les bonnes opportunités se rencontrent au bon moment, puis continuent à collaborer une fois l’événement terminé.

Le SPORT comme levier de connexion, d’IMPACT et d’opportunités.

La transmission comme moteur de transformation

Cette conviction puise dans une histoire personnelle. Célia Cissé est l’héritière d’une famille où le sport se transmet de génération en génération. Son grand-père, Idrissa Dione, champion de boxe dans les années 1950, a consacré sa vie à ce sport : après sa carrière, il s’est investi dans le coaching et la formation. Sa mère, Awa Dione, l’une des premières femmes à avoir roulé sur le circuit automobile au Sénégal, est aujourd’hui vice-présidente de la Fédération auto-moto du Sénégal. Entre un champion devenu formateur et une pionnière devenue dirigeante, elle a grandi avec la discipline, la persévérance et le goût du dépassement de soi.

Cette histoire explique en partie l’importance qu’elle accorde aujourd’hui à la transmission : recevoir un héritage, mais surtout le transformer pour permettre à ceux qui viennent après d’aller plus loin.

« Je crois au sport comme une force qui se transmet : recevoir un héritage, le transformer, créer des opportunités et donner à la génération suivante les moyens de construire encore plus loin. »

Porter la flamme olympique a donné à cette philosophie une résonance particulière. Pour Célia Cissé, être sélectionnée était d’abord une fierté et une reconnaissance du travail accompli. Mais c’était aussi un encouragement : celui de continuer à développer ses activités au Sénégal, et bien plus loin. Au-delà du symbole, c’était la transmission d’une énergie, de valeurs et d’une vision destinées à inspirer les générations futures.

JÄB Ladies : le sport comme outil d’émancipation

Parmi les initiatives de JÄB, JÄB Ladies occupe une place particulière. Ce programme organise des ateliers éducatifs destinés aux jeunes filles dans le sport, avec une ambition claire : renforcer la place des filles et des femmes dans l’écosystème sportif, comme athlètes, entrepreneures, dirigeantes, professionnelles ou porteuses de projets.

C’est à Rufisque, ville où elle a grandi et d’où vient la famille de son père, que Célia Cissé a lancé les premiers ateliers de JÄB Ladies. Un choix qui lui ressemble : commencer là d’où l’on vient, et donner aux jeunes filles la chance de se construire une place dans le sport.

Leadership, confiance en soi, entrepreneuriat : le sport devient un outil de développement personnel et d’autonomisation. Le défi est de faire évoluer les jeunes du statut de bénéficiaires à celui d’actrices capables d’imaginer, de créer et de transformer leur environnement.

« Je ne veux pas seulement que les filles prennent leur place dans le sport. Je veux qu’elles comprennent qu’elles peuvent aussi en devenir les architectes. »

La Mi-Temps : croiser les regards

Autre déclinaison de l’univers JÄB, La Mi-Temps est un espace d’échange où le sport sert de fil rouge, mais où il se mixe à d’autres secteurs d’activité pour faire dialoguer des regards croisés. Comme son nom l’indique, c’est le moment où l’on reprend son souffle pour regarder le jeu autrement.

Entre sport, entrepreneuriat, impact et business, La Mi-Temps prolonge ainsi la même conviction : les idées et les opportunités naissent souvent lorsque des univers qui ne se parlent pas habituellement se rencontrent.

« Un espace d’échange où le sport croise les autres secteurs pour faire naître de nouveaux regards. »

Repenser les partenariats Afrique-Europe

Franco-sénégalaise, Célia Cissé plaide pour un changement de regard sur les relations entre l’Afrique et l’Europe dans le sport. Le continent ne doit plus être perçu uniquement comme un territoire qui reçoit expertise et financements : il possède ses propres savoir-faire, ses entrepreneurs, ses innovations et ses modèles.

« L’enjeu n’est plus de transférer des connaissances, mais de construire ensemble des solutions adaptées aux réalités locales, tout en répondant aux standards internationaux. »

Elle défend une logique de co-construction : échanges de compétences, projets communs et investissements créateurs de valeur des deux côtés.

Pour elle, l’avenir des partenariats internationaux dans le sport passe par davantage de réciprocité : apprendre les uns des autres, investir ensemble et permettre à chaque territoire de contribuer avec ses propres compétences et ressources.

Le marketing sportif : la prochaine frontière économique

L’Afrique regorge de talents sportifs et de publics passionnés. Reste à transformer cette passion en valeur économique durable. C’est précisément le terrain de JÄB, sa branche dédiée au marketing et à l’événementiel sportifs.

Cela passe d’abord par une meilleure valorisation des athlètes, qui peuvent être aussi des marques, des créateurs de contenu et des ambassadeurs capables d’inspirer des communautés entières. Réseaux sociaux, contenus digitaux, merchandising, collaborations entre marques et sportifs, expériences liées aux événements : les leviers de croissance existent.

Encore faut-il professionnaliser l’écosystème : managers, communicants, agents, marketeurs, créateurs de contenu et responsables commerciaux auront un rôle central pour rendre l’économie du sport plus performante et plus attractive pour les investisseurs.

« Il ne s’agit pas de transformer les athlètes en influenceurs. Il s’agit de leur donner les moyens de maîtriser leur propre valeur. »

Une vision pour l’Afrique sportive de demain

Célia Cissé incarne une génération d’acteurs pour qui le sport n’est plus seulement une compétition, mais un moteur de transformation économique et sociale. L’avenir du sport africain dépendra de la capacité du continent à construire des écosystèmes solides, inclusifs et innovants.

Dakar 2026 peut marquer le début de cette nouvelle ère : une ère où le sport ne sera pas seulement un spectacle, mais une industrie créatrice d’opportunités, de compétences, de carrières et d’impact durable.

La suite s’écrit avec ceux qui voudront s’y engager : institutions, entreprises, investisseurs, jeunes talents, professionnels et communautés.

“Car au fond, construire le sport de demain, c’est d’abord construire les femmes et les hommes qui lui donneront vie, et ceux qui continueront à le faire vivre lorsque les projecteurs se seront éteints.”