À l'heure où l'Afrique accélère sa transformation économique à travers la digitalisation et la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), certaines personnalités œuvrent discrètement mais efficacement pour bâtir les infrastructures numériques qui façonneront le commerce de demain. Parmi elles, Nogaye Diagne Diop, Coordinatrice de programme à l'Alliance Africaine pour le Commerce Électronique (AACE), s'impose comme une figure engagée de la modernisation des échanges commerciaux sur le continent.

Diplômée de l'École Supérieure Polytechnique de Dakar, elle évolue depuis plus d'une décennie au cœur des enjeux liés à la dématérialisation des procédures commerciales, à la facilitation des échanges et à l'interopérabilité des systèmes numériques africains. Son ambition est claire : faire du numérique un levier d'intégration économique, de compétitivité et de développement pour les entreprises africaines.

Quand le numérique réduit les barrières au commerce

Pour Nogaye Diagne Diop, la transformation numérique n'est pas seulement une question de technologie. Elle constitue avant tout une réponse concrète aux difficultés rencontrées quotidiennement par les petites et moyennes entreprises africaines.

La dématérialisation des procédures douanières et commerciales permet aujourd'hui de réduire considérablement les coûts administratifs, les déplacements et les délais de traitement. Grâce aux plateformes numériques et aux guichets uniques, une entreprise peut désormais effectuer des démarches, transmettre des documents ou obtenir des certificats à distance sans multiplier les déplacements auprès des administrations.

Plus encore, l'échange électronique des documents commerciaux renforce la transparence, la traçabilité et la prévisibilité des opérations. Un avantage majeur pour les PME qui disposent souvent de ressources limitées et qui ont besoin d'agilité pour accéder aux marchés régionaux et internationaux.

Construire la confiance dans un commerce sans frontières

Si le potentiel du commerce électronique transfrontalier est immense, son développement se heurte encore à plusieurs défis. La diversité des cadres réglementaires, la reconnaissance inégale des signatures électroniques, les différences de fiscalité ou encore les problématiques de protection des données ralentissent l'intégration numérique du continent.

À ces obstacles institutionnels s'ajoutent des freins culturels bien connus : manque de confiance dans les transactions numériques, faible maîtrise des outils digitaux ou encore attachement aux procédures traditionnelles.

Pour la spécialiste sénégalaise, la réponse réside dans une approche globale combinant harmonisation réglementaire, renforcement des compétences et mise en place de mécanismes fiables d'authentification et de traçabilité. La réussite de la transformation numérique dépend moins des technologies que de la capacité des institutions et des acteurs économiques à adopter de nouveaux modes de fonctionnement.

Des standards mondiaux au service des réalités africaines

Membre active des réflexions internationales autour de la facilitation des échanges, Nogaye Diagne Diop défend une vision pragmatique des standards internationaux, notamment ceux de l'UN/CEFACT.

Selon elle, ces standards ne doivent pas être perçus comme des contraintes mais comme un langage commun permettant à des systèmes différents de communiquer efficacement entre eux. L'enjeu consiste à maintenir un socle international garantissant l'interopérabilité tout en laissant aux pays africains la liberté d'intégrer leurs réalités réglementaires, économiques et sectorielles.

Cette approche favorise l'innovation locale tout en préparant les économies africaines à évoluer dans un environnement commercial mondialisé et interconnecté.

La ZLECAF, un projet qui sera aussi numérique

Pour de nombreux experts, la réussite de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) dépendra autant des infrastructures numériques que des infrastructures physiques. Nogaye Diagne Diop partage pleinement cette conviction.

L'interconnexion des guichets uniques, des systèmes douaniers et des plateformes de délivrance des documents commerciaux permettra à terme de créer un environnement dans lequel les informations circuleront aussi rapidement que les marchandises elles-mêmes.

L'adoption du protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf constitue ainsi une avancée stratégique. En harmonisant les règles relatives aux transactions électroniques, à la cybersécurité, aux paiements numériques et à la protection des données, l'Afrique se dote progressivement des outils nécessaires pour construire un véritable marché numérique continental.

L'objectif final est ambitieux : permettre à une entreprise africaine d'effectuer ses formalités commerciales de manière fluide, sécurisée et interopérable, quel que soit le pays avec lequel elle échange.

Les femmes, actrices stratégiques de la transformation numérique

Si les femmes jouent déjà un rôle central dans les activités commerciales et entrepreneuriales africaines, leur présence reste encore insuffisante dans les espaces de décision qui façonnent l'avenir numérique du continent.

Pour Nogaye Diagne Diop, le véritable enjeu n'est plus uniquement de former davantage de femmes aux outils numériques. Il s'agit désormais de leur donner accès aux financements, aux marchés, aux réseaux professionnels et aux postes de responsabilité.

Elle plaide également pour une représentation accrue des femmes dans les domaines stratégiques tels que la cybersécurité, l'ingénierie, la gouvernance numérique, la donnée et la transformation digitale. Car les technologies qui structureront l'Afrique de demain doivent aussi être conçues, pilotées et gouvernées par des femmes.

« L'avenir du commerce africain se jouera autant dans les infrastructures numériques que dans les infrastructures physiques. »

Une vision pour l'Afrique de demain

L’Alliance Africaine pour le Commerce Électronique (AACE) est une organisation panafricaine à but non lucratif qui œuvre depuis 2009 pour promouvoir la digitalisation et la facilitation des échanges en Afrique, notamment à travers le développement et l’interconnexion des Guichets Uniques du Commerce Extérieur.

L’AACE fédère les principaux acteurs africains des Guichets Uniques et accompagne ses membres dans le partage d’expériences, la mise en place de solutions numériques et l’harmonisation des pratiques en matière de facilitation des échanges.

Au Sénégal, GAINDE 2000 a joué un rôle pionnier dans la création et le développement de l’AACE et demeure un partenaire historique et important de l’Alliance. Cette expérience sénégalaise constitue l’un des fondements de la coopération africaine portée par l’AACE.

Parmi ses initiatives, l’AACE accompagne notamment les pays dans la digitalisation et l’échange électronique des documents du commerce extérieur, y compris les certificats d’origine et les certificats phytosanitaires, ainsi que dans les travaux visant à renforcer l’interopérabilité entre les systèmes nationaux.

Dans ce cadre, l’AACE collabore avec la Commission de l’UEMOA et l’ITFC/IsDB dans le cadre du projet d’interconnexion des Guichets Uniques de l’UEMOA. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo, ainsi que la Douane malienne, sont déjà connectés à la plateforme régionale e-CO de l’UEMOA, avec pour objectif de faciliter les échanges électroniques de documents commerciaux entre les États membres.

L’objectif de l’AACE est ainsi de contribuer à la construction d’un environnement commercial africain plus intégré, interopérable et digitalisé, en favorisant la coopération entre les administrations, les opérateurs économiques et les plateformes nationales de facilitation des échanges.

À travers son engagement au sein de l'Alliance Africaine pour le Commerce Électronique, Nogaye Diagne Diop participe à un chantier fondamental : rendre les échanges africains plus simples, plus rapides, plus transparents et plus inclusifs.

Son parcours illustre l'émergence d'une nouvelle génération de leaders africains qui considèrent le numérique non pas comme une finalité, mais comme un accélérateur de développement, d'intégration régionale et d'opportunités économiques.

Dans une Afrique qui aspire à commercer davantage avec elle-même et avec le reste du monde, les bâtisseurs de ponts numériques comme Nogaye Diagne Diop contribuent déjà à dessiner les contours du continent connecté de demain.